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Durant ces quarante dernières années, les techniques de la composition et de l’impression ont connu des bouleversements très importants obligeant à des reconversions et à des remises en cause desmétiers traditionnels. La composition des textes mathématiques a bien entendu été profondément modifiée par ces changements.
Le plomb et la réalisation de formes en relief ont longtemps été les seuls moyens de composition et de duplication des textes. L’offset, procédé de reproduction à plat et sans relief utilisant les techniques photographiques, a bouleversé les modes de fabrication en permettant l’utilisation de textes composés sur des machines à écrire, puis par photocomposition et par P.A.O. (publication assistée par ordinateur). La composition des textes scientifiques a suivi cette évolution, la rapidité de fabrication et la baisse des coûts de production ont permis une augmentation très importante du nombre de publications.
Les techniques ont changé, mais si le savoir-faire typographique est un art qui évolue, ses bases ont toujours leurs raisons d’être. La confusion entre l’outil et le savoirfaire a souvent amené des blocages nuisibles au bon transfert des compétences. Le faible coût de l’outil de production (micro-ordinateur) facilita la création d’ateliers de composition n’ayant aucune compétence typographique, créant ainsi une baisse de la qualité des publications mais faisant concurrence aux professionnels de la composition. Cependant certains ateliers encadrés par un typographe et employant des personnels performants pour la saisie des textes ont pu utiliser toute la puissance et la souplesse des nouveaux outils de composition en conservant une qualité correcte mais limitée tout de même par les possibilités offertes par les logiciels.
Hippolyte-Auguste Marinoni, né à Paris en 1823, orphelin de père de bonne heure, est placé en apprentissage dans la capitale à l’âge de douze ans. Dès octobre 1837, il obtient un brevet de tourneur-mécanicien. Il entre en 1838 chez le constructeur de machines typographiques Pierre-Alexandre Gaveaux (1782-1844). En 1850 et 1851, Marinoni participe aux premiers essais concluants de la rotative à bobine et à clichés cylindriques de Jacob Worms pour la presse périodique. Une première mondiale ! À partir de 1866, Marinoni, à la demande de Girardin pour le journal La liberté, dépose successivement deux brevets importants pour une presse rotative cylindrique à retiration et pour une machine typographique cylindrique à six margeurs. En novembre 1872 Marinoni livre toujours au journal La liberté une des premières « machines cylindriques à papier continu » de France. À partir de 1882 Marinoni prendra la tête du Petit Journal. En 1885 il transfert la direction de la Société Marinoni à Jules Michaud (1840-1921) son gendre pour ne s’occuper que de son pôle presse avec son autre gendre Marie-Désiré Cassigneul (1835-1906). Suivant de près la politique à la fois rédactionnelle, industrielle et financière de ses journaux, ce « Napoléon de la presse », comme l’ont surnommé les journalistes américains en 1890, va peser de tout son poids pour faire du Petit Journal un média à la fois de masse et de progrès en s’efforçant d’intéresser le plus grand nombre aux questions d’intérêt général, aux enjeux de la Revanche et aux valeurs de la IIIe République. Il va ainsi influencer et marquer jusqu’à nos jours le monde de l’information et de la presse occidentale. Marinoni est emporté en janvier 1904 par la tuberculose.
Malgré ses difficultés, après l’affaire Dreyfus, l’organe phare du groupe de presse de Marinoni lui survivra 40 ans, pour ne disparaître qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, après être passé par les mains du colonel de La Rocque. La Société Marinoni, de son côté, sera absorbée totalement par la société Harris, pour être rebaptisée en 1982 Harris-Marinoni S.A. À son tour cette société sera absorbée par le groupe allemand Heidelberg-Druckmaschinen AG. À la faveur de cet achat, Heidelberg-Harris S.A. accède à partir de 1991 au rang de premier constructeur mondial de machines à imprimer. Il devient Heidelberg Web Press, à partir de 1995, puis Heidelberg Web Systems, depuis 1999. Cette société est toujours installée sur le site historique de Montataire (Oise).